Après deux semaines sans toucher un club à cause d’une blessure au poignet gauche, j’ai fait mon retour sur les fairways à l’occasion du Rutgers University Invitational, disputé du 4 au 6 avril. Ce tournoi représentait bien plus qu’une simple reprise pour moi : il a été une épreuve physique, mentale et technique, dans des conditions particulièrement exigeantes. Pourtant, malgré les obstacles et une météo apocalyptique, j’ai réussi à livrer une performance dont je ressors fière, à la fois pour moi-même et pour mon équipe.
Vendredi 4 avril – La reconnaissance : première prise de repères
Nous sommes arrivées sur le site du tournoi le vendredi 4 avril pour effectuer la traditionnelle journée de reconnaissance. Après deux semaines sans jouer, j’étais à la fois impatiente et légèrement anxieuse. Mon poignet gauche, récemment blessé, restait un point d’interrogation. Allais-je réussir à tenir physiquement sur trois tours, dont 36 trous le samedi ? Je revenais à la compétition après une pause imposée, et j’avais conscience que ce tournoi allait être un test important. Le parcours, quant à lui, m’a immédiatement rappelé les terrains français sur lesquels j’ai grandi et évolué pendant plus de dix ans. Ce style “à l’européenne”, avec ses fairways sinueux, ses greens exigeants mais lisibles, et sa végétation familière, m’a apporté une certaine sérénité. J’ai profité de cette journée pour retrouver mes marques, affiner mes repères de distance, et surtout, tester mon poignet dans des conditions proches de la compétition.
Samedi 5 avril – 36 trous de combat sous la pluie
Dès le matin, la météo nous a montré de quel bois elle se chauffait. Il pleuvait déjà abondamment au départ du premier tour, et le vent ne s’est pas fait attendre longtemps. Ce fut l’un des tournois les plus humides et venteux que j’aie jamais joués. Il faut comprendre qu’un tel climat affecte absolument tous les aspects du jeu : la prise en main du club, la précision, la longueur des coups, le mental… Tout devient plus difficile. Mais une autre décision importante allait aussi marquer cette journée : pour la première fois, j’ai porté mon sac pendant tout le tournoi au lieu d’utiliser un chariot. C’était une vraie nouveauté pour moi, surtout sur 36 trous dans des conditions aussi rudes. Le poids du sac, combiné à la pluie, au vent, et à la fatigue, a transformé chaque pas en petit défi physique. Mais je tenais à le faire. J’avais besoin de me prouver que j’étais capable de cette autonomie et de cette résistance. Malgré tout, j’ai été agréablement surprise par mon jeu. Mon driving était très bon, ce qui m’a permis de me positionner favorablement sur beaucoup de trous, et mon grand jeu était globalement correct. Mais c’est surtout mon putting, durant ces deux premiers tours, qui a été une vraie source de satisfaction. Dans des conditions où la vitesse des greens changeait constamment à cause de l’eau, j’ai réussi à rester lucide et constante, ce qui m’a permis de sauver de nombreux pars et d’éviter des scores catastrophiques. Je termine la journée avec un +4 au premier tour, suivi d’un +6 au deuxième tour. Des scores qui, pris hors contexte, peuvent paraître moyens, mais qui, au vu des circonstances, sont pour moi une petite victoire. Mon poignet a tenu. Mon mental a tenu. Et je suis toujours dans le tournoi.
Dimanche 6 avril – 18 derniers trous et le coup de mou
Le dernier jour, les conditions météorologiques ne se sont pas améliorées. Bien au contraire. Le vent s’est intensifié, rendant les choix de club extrêmement délicats. La pluie, toujours présente, avait transformé certains fairways en terrains spongieux, et les greens étaient devenus capricieux, alternant entre trop rapides et collants. Et c’est justement sur les greens que j’ai connu ma plus grande difficulté du jour. Mon putting, si solide la veille, m’a complètement abandonnée. Trois putts, lectures imprécises, mauvais dosage : tout ce qui avait fonctionné s’est mis à me trahir. Il y a eu un vrai décrochage mental à ce niveau-là, peut-être lié à la fatigue accumulée. Mon grand jeu, lui, est resté stable, et mon driving a continué à me mettre dans des positions jouables. Mais sans un putting solide, difficile de scorer. Je boucle cette dernière journée avec un +9, qui me laisse un goût un peu amer sur le moment, mais que je remets rapidement en perspective. Je termine 29e en individuelle, un résultat qui ne reflète pas forcément l’intensité de l’effort fourni, mais qui reste tout à fait honorable vu la conjoncture.
Une performance d’équipe remarquable
Heureusement, il n’y avait pas que mon score individuel en jeu. En effet, notre équipe termine à la 2e place, un résultat collectif qui nous apporte beaucoup de satisfaction. Chaque joueuse a su faire preuve de résilience et de combativité face aux éléments. Cette deuxième place est aussi une récompense pour l’esprit de groupe qui nous anime depuis le début de la saison. Même dans la difficulté, nous avons su rester solidaires, concentrées, et motivées.
Bilan personnel : satisfaction et promesses
Ce tournoi restera pour moi un moment charnière de ma première saison en NCAA. Il a été le révélateur de plusieurs choses importantes : 1) Ma capacité à revenir après une blessure, sans me précipiter mais avec détermination. 2) Ma résistance mentale et physique, renforcée par la décision de porter mon sac sur trois jours dans des conditions extrêmes. 3) Ma progression dans le driving, un secteur sur lequel j’ai beaucoup travaillé et dont les résultats commencent à se faire sentir. 4) Mon putting, capable du meilleur comme du pire, mais dont les bons moments m’ont prouvé que je pouvais vraiment compter sur lui quand je suis bien connectée à mes sensations. Surtout, ce tournoi m’a permis de prendre du recul sur ma progression. Le score brut n’est qu’un indicateur. Ce que je retiens, c’est que j’ai réussi à produire du jeu, à rester dans le coup malgré la météo, à ne jamais abandonner. Et cela, c’est déjà une victoire.
Cap sur le prochain objectif : la Big East Conférence
Le Rutgers University Invitational marquait l’avant-dernier rendez-vous de la saison. Le prochain tournoi, la Big East Conference, sera le dernier de ma première année en tant que freshman. Un moment symbolique et très attendu. Cette compétition, qui réunit les meilleures équipes de notre conférence, représente une opportunité majeure de finir la saison en beauté, et peut-être même de créer une surprise. Avec ce tournoi de Rutgers dans les jambes (et dans la tête), je me sens prête. Je sais que je peux rivaliser, même quand les conditions ne sont pas idéales. Mon objectif est désormais de peaufiner les derniers détails de mon jeu, de retrouver des sensations plus régulières au putting, et d’aborder ce dernier tournoi avec la même envie, la même combativité et le même plaisir de jouer.
Conclusion : un tournoi sous la pluie, mais riche d’enseignements
En golf, chaque tournoi raconte une histoire. Celle du Rutgers University Invitational sera pour moi celle du retour, du combat contre les éléments, et de la résilience. Ce n’est pas un tournoi de rêve sur le papier, mais c’est un tournoi qui m’a fait grandir, qui m’a rappelé pourquoi je joue, pourquoi je m’entraîne, et pourquoi je suis là. Je repars avec des sensations retrouvées, un mental renforcé, et l’envie de donner le meilleur de moi-même pour ce dernier défi de la saison. En attendant, je savoure ce top 30 individuel et cette belle 2e place en équipe. C’est la preuve que, même dans l’adversité, on peut toujours construire quelque chose de positif.


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